Nos puzzles
- Karine Ulcoq
- 20 avr. 2024
- 3 min de lecture
Il y a plusieurs façons d’aborder un puzzle.
Certains commencent par le cadre autour, les limites c’est important.
D’autres vont démarrer au centre, il faut savoir d’où l’on part, se rappeler l’origine.
Et puis, il y a ceux qui se laissent prendre par l’image et qui choisissent de commencer par la partie qui leur parle le plus, celle du bateau plutôt que de la maison par exemple.
Il y a ceux pour qui le projet du puzzle est plus important que le puzzle lui-même. On choisit l’endroit, il faut qu’il soit confortable, on sait qu’on y sera pour un certain temps, on pense à la table, elle doit être assez grande, la lumière, on doit bien voir le soir, le vent, les pièces ne doivent pas s’envoler.
Il y a ceux qui ne terminent pas le puzzle et qui, découragés, le rangent dans sa boite à la première difficulté. La boite ira dans un tiroir. Le tiroir, on ne l’ouvrira plus. On ferme tout, place à la poussière. « C’est trop dur, pas pour moi ».
Il y a ceux qui, après l’avoir rangé dans sa boite, découragés, vont le prendre à nouveau et vont ainsi le recommencer sans cesse, toujours avec la même approche. A chaque recommencement, on avance un peu plus loin. On le finit ou pas, peu importe, le but, c’est d’ajouter des nouvelles pièces. Puis, satisfait de l’avancement, on va le défaire à nouveau. Et recommencer. Éternellement.
Il y a ceux qui changent de stratégie à chaque recommencement, selon l’humeur, le moment, le temps. Le plaisir est dans la nouveauté. Trouver la bonne stratégie devient le projet.
Il y a ceux qui perdent les pièces. Arrivés au bout, ils se rendent compte qu’il en manque une. Ils regardent alors le trou béant de la minuscule pièce et comprennent que malgré sa petite taille, elle avait une valeur importante : celle de rendre l’image complète. Place au regret : si on savait, on aurait quand même fait plus attention à ce petit coin de bleu qui voulait juste fermer le ciel.
Il y a ceux qui commencent avec une approche et qui, au fur et à mesure de l’avancement, changent de méthode. D’abord le cadre, puis on repart au centre, sans le rattacher à rien. Place à l’instinct, on avance à tâtons, mais on avance quand même.
Il y a ceux dont le plus grand plaisir est de chercher, la main dans la boite, les yeux à l’affût, parmi toutes ces pièces et de trouver enfin celle qu’ils attendaient depuis deux jours. Ils se contentent de cela, de ce moment de joie éphémère mais si intense.
Il y a ceux qui aiment les puzzles seulement quand on les fait à plusieurs, peu importe l’image, peu importe la méthode, peu importe si on le finit ou pas. Ce qui compte c’est le moment partagé.
Il y a ceux qui ne font le puzzle que pour ce moment où enfin, l’image est complète. Ils vont le laisser là quelques jours, vainqueurs et fiers d’être arrivés au bout. Ils vont le contempler. Viendra alors le temps de le ranger, c’est un moment important. Il est choisi avec soin, les gestes sont précieux : on referme la boite.
Il y a un an, j’avais commencé un puzzle que j’ai dû arrêter en plein milieu. Pourtant, je n’aime pas ce qui n’est pas fini et je déteste recommencer. Je n'ai pas eu le choix.
Il y a un an, j’ai dû fermer mon blog, un espace d’écriture, mais bien plus que ça, un espace de partage, de parole, d’échange, de vie tout simplement. Du jour au lendemain, place au silence.
Le puzzle, je l’ai recommencé. Aidée de plusieurs mains, je l’ai terminé.
Quant au blog, le voici. Je ne l’ai pas refait. C’est un autre qui est né.
K au féminin, ce sont tous ces « chaos », d’où finit par naitre le beau.
Oui, dans les puzzles de la vie, il y a plusieurs façons de fermer les boites : par force, par envie de nouveauté, par besoin de passer à autre chose, par dépit, par découragement …
Mais il n’y en a qu’une seule pour les ouvrir : par choix. Le nôtre, uniquement.
Place au suivant ?
Un réel plaisir de te retrouver Karine !
Des frissons 🥰.
Une analogie puissante qui nous parle tellement ! 🙏